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Juste pour partager une douleur...
Pour dire qu'elle peut disparaître...
Qu'un trou dans la poitrine...
cela se comble :
de courage, d'amour.
Par Once
Elle sourit au vide. Cloîtrée dans une salle d'hôpital, elle
essaie de se souvenir. Comment c'était, la faim.
Elle est arrivée dans cette chambre au tout dernier
moment de sa vie. Et ils ont dit qu'elle allait mourir.
Quels cons !... elle pense.
Maintenant, parce qu'elle n'est plus capable de s'occuper
d'elle-même, elle est condamnée à devoir manger.
Conditionnée, c'est comme cela qu'elle s'appelle lorsqu'elle
est seule.
C'est dur, elle écrit sur un petit cahier. Elle n'écrit pas
j'ai envie de mourir, laissez-moi partir, je veux crever.
Non ! Jour après jour, elle sent
son estomac gonfler, revivre. Ses joues aussi. Elle
claironne partout, ça fait un mal de chien.
Le soir, allongée dans des draps stériles, elle
repense aux soirées d'autrefois, cramponnée au radiateur,
une cigarette à la main.
Une nuit, accoudée à la fenêtre, elle se dit je dois laisser
tomber tout cela. Elle a appris à faire autre chose que
mourir. Elle veut voir comment ce sera, la vie. A ce moment,
quelque chose se brise en elle. Son coeur lâche à cette
parole de lâcheté.
Des heures plus tard, la poitrine incroyablement
douloureuse, un homme lui explique que ce n'est que
passager. Plus tard, elle reprend
ses activités. Les psy, les ateliers, les repas. Elle n'en
peut plus. Elle dit, à travers ses pleurs, si c'est cela la
guérison, j'en veux pas. Vous m'entendez?!
Elle a retrouvé la capacité de crier, on le lui fait
remarquer. La capacité de pleurer aussi.
Sur une page blanche, elle fait deux colonnes. Les points de
vie, ceux de mort. Elle trouve des raisons de vivre. De plus
en plus chaque jour. Par exemple, recommencer à se
maquiller. A sourire. A rougir aux commentaires de
l'aide-soignant.
Elle attend désormais impatiemment les repas. C'est comme un
rituel. Tout la fait sourire. Bien
sûr, elle repense à retomber dans cette dépendance de
contrôle, mais elle sait qu'elle ne le fera pas. Pour son
mari. Pour ses enfants.
Il lui aura fallu un an d'hospitalisation pour retrouver la
force de vivre. Elle pense c'est si bon de se blottir sous
une couverture devant un film. En sentant son coeur, son
corps vivre...
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