Vous avez un chat... un chien...
Peut-être allez-vous vous reconnaître ?

 

Je me suis toujours imaginé être une spécialiste du bon parler et je haussais les
épaules devant le mauvais usage qu'en faisaient les autres.  Et surtout, je ne tolérais pas les
gens qui babillaient en parlant aux bébés ou, pire encore, aux animaux.

Un jour, mon amie m'a téléphoné pour me demander d'adopter un chat abandonné.
"Il a froid et il a peur, m'a-t-elle dit. Il vit sur le toit du garage de mes voisins.
Quelqu'un l'a jeté en bas d'une voiture
."

J'ai demandé à mon amie d'apporter l'animal.
En la voyant approcher, j'ai entendu le chat, plutôt que vu !
Il protestait très fort jusqu'à ce qu'elle dépose la cage sur le tapis du salon.

Dès qu'elle a ouvert la porte, un maigre chat noir est sorti comme l'éclair, s'est élancé dans la chambre à coucher,
a couru dans la salle de bain et a sauté dans la baignoire, a bondi à l'extérieur et est revenu à la charge dans
le salon et finalement sur mes genoux.

"Je me sauve, dit mon amie.  Fais-moi signe si tu as besoin de quelque chose."

À ce moment-là, les pattes du chat pétrissaient frénétiquement mon estomac, tout comme un boxeur
qui frapperait un punching-ball.  "Tu n'as pas honte ?" lui dis-je en grimaçant.

"Je crois qu'il faut que je te donne un nom." 
J'ai refoulé mes paroles.  Incroyable, ai-je pensé.  Je parle à cet animal comme s'il comprenait.

"Ralf, ai-je poursuivi malgré moi.  Ralf est un joli nom pour toi."

Cette nuit-là, j'ai établi les règles de vie du chat.  Ralf ne pourrait pas grimper sur le lit.
Il dormirait sur le tapis du salon. 

Après deux nuits passées à remettre le chat sur le plancher, pour me réveiller et le retrouver près de moi
dans le lit, j'ai aboli cette règle.  Je ne suis dit que c'était pour moi plutôt que pour lui que j'agissais ainsi,
car son ronronnement me détendait, et la chaleur de sa fourrure sur mon dos était merveilleuse.

Les semaines ont passé et nous semblions nous entendre à merveille.  Je me suis assurée de ne pas
parler à Ralf autrement que comme un maître à son animal.  De simples commandements d'un mot !

Un matin, j'ai accidentellement marché sur sa queue.  Quel cri plaintif !
Je l'ai pris dans mes bras et...

"Oh ! maman s'excuse."

J'ai regardé autour de moi.  Qui a dit ça ?  Oh ! non.  Voilà que je commençais à parler comme eux.

Les jours qui ont suivi, j'ai tenté de mâter mes sentiments maternels.  J'ai décidé en premier lieu
de supprimer le mot maman, mais rien ne semblait convenir.  Le mot maîtresse était un peu trop imposant.
Kathy ?  Non, trop familier.  Je perdrais mon autorité.
"Maman" était le nom qui décrivait le mieux mon rôle.  A contre coeur, je suis devenu la maman de Ralf...
mais je me suis juré de ne faire aucune autre concession.

Un soir, Ralf a vomi sur le tapis.  Après avoir nettoyé, je l'ai serré et je l'ai flatté.
"Pauvre bébé... ai-je roucoulé. Bébé malade."

Bébé malade !   Oh ! mon Dieu, qu'est-ce qui m'arrivait !
Je ne pouvais plus nier les faits. 
Je devenais rapidement une propriétaire d'animal babillarde.

Pendant les quelques semaines qui ont suivi, j'ai pris la résolution de contrôler chaque mot
que je disais mais l'impensable s'est produit.

Des aberrations telles  "Tu es un tou tou ti ga'çon" sortaient librement de ma bouche.
Pire encore, Ralf semblait s'attendre à un tel langage.

Un soir, j'ai décidé de cesser net.  J'ai assis Ralf sur mes genoux pour qu'il me regarde en face. 
 "Écoute... tu es un animal sensible et intelligent. 
Tu veux une propriétaire qui te traite comme tel, non ?
"

Ralf n'a pas bronché. 
Croyant qu'il comprenait, j'y ai vu là un encouragement à continuer. 
"Je vais te traiter avec la dignité et le respect que mérite un chat noble de ton espèce. "

Ralf a ouvert la bouche. Il fixait avec tant d'intensité que, pour un court instant de folie,
j'ai cru qu'il parlerait.  Mais il m'a baillé à la figure.

"Espèce de bébé lala fou" ai-je dit en riant et en le serrant contre moi.

Les règles sont abolies.  De tout façon, j'ai jamais eu l'autorité nécessaire...!

Seuls l'amour et le babillage sont restés.

                                                                                                           ...K.M. Muldoon

 

Quelqu'un se reconnaît-il après avoir lu ce texte ?

 

 




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